Kalleidoscope




mercredi 9 mai 2012

Le politique est personnel

En 2007, juste avant les élections présidentielles, je me souviens de conversations portant sur un futur loin, si loin, et néanmoins inquiètes, très inquiètes. On se disait que si NS était élu en 2007, avec le quinquennat, on était sûr de se le retaper une seconde fois en 2012. Sûr et certain, on était. On avait établi cette fatalité, et on essayait de s'y habituer. Mais sans y parvenir, évidemment.

Alors dimanche en fin d'après-midi, quand j'ai ouvert la page Tw pour glâner des estimations, qui convergeaient toutes dans le bon sens, j'ai commencé à exulter. Les larmes me sont montées aux yeux, mais je les ai retenues, pas encore, pas encore. Attendre 20h.
Et 20h est arrivé.
Et la murge du siècle a bien eu lieu.
Et les larmes ont coulé au milieu de la foule de la Bastille, pendant le discours de FH.
Et on a trinqué, trinqué, re-trinqué jusqu'à n'en plus pouvoir. J'en ai cassé 2 verres.

Les émotions nous dépassaient. Nous n'en pouvions plus de joie et de soulagement.

Alors qu'est-ce-qui se cache derrière cette émotion, cette envie de trinquer tous les jours à la gloire de la gauche au pouvoir ? Mon père a dit "Ça me fait du bien", et j'ai entendu des variations sur le même thème de la part de plusieurs personnes. "Ça ME fait du bien". Pourquoi à nous personnellement ?
Le MLF s'est échiné à faire passer l'idée que le personnel est politique. Mais à chaque élection, à chaque événement politique important, c'est l'inverse qui me frappe : le politique est personnel, si personnel, si intime. Nos peurs enfouies, nos espoirs à fleur de peau, nos principes chevillés au corps, se rejouent toujours à chaque événement.
Par exemple, la division du peuple par NS n'est pas juste un problème de société. "LaSociété" n'intervient pas dans mes rêves, "LaSociété" n'est pas un concept émotionnel. Mais l'universalisme, l'idée que je suis à la fois moi et toi, et eux, et tous, que je ne suis pas seule, cette idée-là me fait palpiter. Quand arrive un président capable de rassembler, c'est mon univers intérieur fait de désirs et d'angoisses qui vibre. Le politique se loge au plus profond de nos entrailles, en réalité.

Place de la Bastille, à Montreuil, à Barbès, partout où le peuple de gauche a fait la fête, des gens se sont parlé, se sont hurlé des "LE CHANGEMEEEENT C'EST MAIIINTENAAAANT" à la figure. En réalité des gens se disaient "J'ai les mêmes espoirs que toi, tu vois, j'ai la même vie dans le fond, les mêmes envies, les mêmes désirs et les mêmes joies, j'ai eu les mêmes peines que toi, et là ce soir, on vit ça tous ensemble à l'unisson parce que ça me fait plaisir de le partager avec toi." (Oui, les infra-discours peuvent être très développés.)

"Le changement, c'est maintenant". J'ai eu beau voter pour JLM, après avoir hésité à voter pour NA ou EJ, il faut bien avouer que ce slogan fait rêver. Un décalque du "Change is now" d'Obama, certes, mais efficace, donc. Mon langage s'en est trouvé bouleversé : de "la murge, c'est maintenant" à "le bonjour, c'est maintenant", j'ai multiplié les variations, comme pour mieux signifier la coupure avec 2011.

Chacun donnera sa propre signification à ce slogan, mais pour moi, après la traversée du désert de 2007 à 2012, le changement, c'est bien maintenant.




mardi 24 avril 2012

A disguise is always a self-portrait

[Mycroft] ...And here you are, the Dominatrix who brought a nation to its knees. Nicely played. [/Mycroft]
- No.
- Sorry ?
- I said no. Very very close, but no. You got carried away. The game was too elaborate, you enjoyed yourself too much.
- There's no such thing as too much.
- Oh, enjoying the thrill of the chase is fine. Enjoying the distraction of the game, I sympathize entirely. But sentiment ? Sentiment is a chemical defect found on the losing side.
- Sentiment ? What're you talking about ?
- You.
- Oh dear God... Look at the poor man. You don't actually think I was interested in you ? Why ? Because you're the great Sherlock Holmes ? The clever detective in the funny hat ?
- No... Because I took your pulse... elevated... Your pupils dilated... I imagine John Watson thinks love's a mystery to me, but the chemistry is incredibly simple and very destructive. When we first met, you told me the disguise is always a self-portrait. How true of you. The combination to your safe, your measurements. But this... this is far more intimate, this is your heart, and you should never let it rule your head. You could have chosen any random number and walked out of here today with everything you worked for. But you just couldn't resist it, could you ? I've always assumed that love is a dangerous disadvantage. Thank you for the final proof.
- Everything I said... it's not real. I was just playing a game.
- I know... And this is just losing.
[...]
- Are you expecting me to beg ?
- Yes.
- Please... You're right. I won't even last six months.
- ... Sorry about dinner.




mardi 10 avril 2012

Le jour où j'ai (re)eu 20 en dictée

En primaire, je faisais des dictées sans faute, des contrôles que l'instit, de son propre aveu, ne prenait parfois même pas la peine de corriger. Le sans-faute. Un vrai singe savant.

L'entrée en 6e a été un peu désorientante. C'était un collège privé, non-mixte, "loin" de chez moi, chez les petites filles modèles, parce que mes parents avaient peur que le sans-faute ne devienne un lointain souvenir si j'allais au collège du quartier.
Vint le temps des premières dictées. 8/20 d'abord, 4/20 ensuite. Je me souviens des notes comme si c'était hier. Une vraie claque incompréhensible. Je dois encore avoir les feuilles quelque part dans mes boîtes d'archive du collège. Le sans-faute me semblait bien loin, reléguée que j'étais au fond de la classe orthographique.
Heureusement, dès la troisième dictée, je rattrapai cette horrible incartade : 18/20. A partir de là, je n'eus plus jamais une note inférieure à 16 en dictée de tout le collège.

Là où l'histoire devient marrante, c'est quand je compte le temps qu'il m'a fallu pour revenir au sans-faute de la primaire. En 6e, et je crois bien que ça s'est prolongé en 5e, je faisais toujours au moins une faute. La plus grossière possible, la plus idiote, parfois même juste une coquille, impossible à rater à la relecture, mais que je ratais pourtant. La prof avait fini par faire remarquer que "dans cette classe, vous n'aimez pas avoir 20" (ma pire-ennemie-de-toujours avait le même "problème").
Un jour, en 4e, j'ai eu 20/20 à une dictée. Elle était tellement belle, toute bleue, rendue comme je l'avais donnée à la prof, avec juste un petit chiffre rouge en haut. Parfaite. J'ai enchaîné ensuite les sans-faute, à l'exception des mots dont j'ignorais réellement l'orthographe.

Tout ça pour dire que dimanche soir, en plein repas familial, lorsque j'ai parlé de mon Café, que mon oncle en plaisantant a rappelé les espoirs de me voir Ministre et j'en passe, j'ai commencé à défendre l'utilité de mes études, avant que ma tante n'ajoute d'un air chafouin "Oui mais t'as foiré".
Alors, j'ai enfin eu la réaction que je rêvais d'avoir. J'ai rétorqué, d'un air non moins chafouin et en prenant toute la tablée pour témoins : "Voilà ce qui arrive quand on met trop la pression sur les gens, ils pètent un câble, c'est normal !"
C'est la seule réaction que je rêvais d'avoir, après avoir longtemps cherché à comprendre le dilemme d'une vie : se rêver toute-puissante, telle l'enfant-roi que j'étais, telle l'adolescente qui prend le relais de cette enfance, et pourtant se planter à des moments-clés, et pourtant tout faire pour esquiver les chemins du "pouvoir". La seule réaction due à la seule explication que j'aie trouvée pour le moment.

Le dilemme existe toujours, irrésolu pour une durée indéterminée. Le sans-faute nécessite une levée de barrières que je n'ai pas (encore ?) envie d'accomplir.

Il y a un temps pour tout et la vie est fort longue, ma foi.




lundi 26 mars 2012

Aletheia

Home, ce lieu où vivent déjà les douleurs, bien à l'intérieur, est un lieu qui se dévoile parfois.
Derrière les rideaux, on entrevoit 2-3 trucs, quelques cadavres et le foyer qui anime le tout. En train d'écrire sur les murs, une fille s'excite un peu, le temps presse. Elle trace fébrilement des lignes et des lignes, paroles de chansons, extraits de romans, dialogues de séries ou de films... Tout ce qui lui parle, les mots dans lesquels elle aimerait s'enrouler, tous ces mots-couette qu'on aurait aimé avoir écrits.

Des chansons qui parlent d'amour et d'hirondelles, des chansons où la voix monte progressivement pour mieux descendre dans les entrailles, joli paradoxe.
Des morceaux de livre qui se sont planté dans ma chair, des morceaux que je lis avec tous mes sens, et dont la signification s'impose à moi.

Le dévoilement par l'art, c'est très chic (encore faut-il voir de quel art il s'agit). C'est quand je suis confrontée aux mots des autres que je fais une petite plongée introspective en apnée, rapidement insupportable.
Ce que je vois dans ces moments, c'est LaTrouille, encore et toujours : elle est cachée derrière le fauteuil. Franchement, c'est une cachette qui craint, mais LaTrouille n'est pas connue pour sa discrétion ou sa subtilité. Elle est bien trop occupée à me surveiller et surgir soudain du fauteuil le jour où je me dis "Tiens, ça serait bien d'être en couple". BOUH !

Derrière le rideau, je vois des dizaines de scènes similairement étranges et/ou absurdes. Je vois une jeune fille tricoter jusqu'au retour de l'être aimé. Puis soudain, posant son tricot de côté, elle se lève pour ouvrir la porte à des personnes qui refusent d'entrer et restent sur le seuil, à discuter de la pluie et du beau temps. Les gens ont de ces idées parfois.
Parfois, je la vois courir fébrilement d'une pièce à l'autre, cherchant manifestement quelque chose d'introuvable. Et pourtant, elle court ! Elle regarde de tous côtés, mais elle ne semble pas vraiment voir ce qui se trouve sous ses yeux. Peut-être qu'elle cherche pour la beauté de la Quête.
Vraiment de ces idées, parfois.

Voilà, un défilement de dévoilements. Jusqu'au Dévoilement, peut-être un jour.

En attendant, Home renferme comme une huître l'amertume de vivre seule. Avec un peu de chance, cette saleté va se transformer en perle, dont quelqu'un voudra bien.
J'ai déjà toute la bande-son pour accompagner ce moment.




dimanche 29 janvier 2012

Du sens que l'on tricote en revenant en arrière et en reprenant les rangs isolés pour les relier aux nouveaux rangs

Dans ma vie, j'ai aimé beaucoup de choses, et toutes avec passion. Dans ma vie, j'aime encore plus de choses, et toujours avec passion. Tout s'accumule, car j'ai la particularité de ne rien "désaimer". Qu'il s'agisse du mauvais rap de mes 13 ans, des Cochons d'Inde, ou de l'écologie, tout a fait boule de neige pour former mon moi actuel.

Depuis ma naissance, je vois mon père prendre plaisir à faire à manger et s'éclater sur les saveurs, les mariages originaux, les nouveautés.
En primaire, j'ai eu une période où je dessinais des forêts qui brûlent en écrivant au dos "protégeons la nature et conservons la".
Au collège, mais dès la primaire même, j'étais sensible aux discours politiques de gauche, et j'accompagnais ma mère à ses réunions LO.
Au lycée, un jour, j'ai vu un reportage sur les femmes battues et je me suis dit "dans ma vie, un jour, j'aiderai les femmes battues".
Au lycée encore, j'ai écouté des heures et des heures d'Ogres de Barback, de Hurlements d'Léo, de Rue Kétanou et j'aimais passer au squat du 59 rue de Rivoli.
En prépa, un prof m'a dit "si les études de genre vous intéressent, vous devriez jeter un oeil à Judith Butler".
En prépa, le programme d'histoire portait sur les Etats-Unis et m'a tellement fait rêver que j'y suis partie un mois, organisant tout du début à la fin, de mes culottes au transport, en totale autonomie, sans que personne ne me dicte quoique ce soit.
En master de genres, je me suis dit que, quitte à glander, autant glander à la Cimade et me battre contre les lois xénophobes.
En prépa, je ne quittais pas mon appareil photo et ça m'a permis de documenter l'année où j'ai pris les dimensions de l'Univers, rencontrant au passage les deux personnes grâce à qui je suis aujourd'hui...

...en train de faire le lien entre tout ce que je viens de dire plus haut.




vendredi 13 janvier 2012

"Enough, enough now."

Je me fais un post-it mental pour aujourd'hui, au 12 janvier 2012. A environ 13h30, juste avant de sortir, j'ai cherché un livre à prendre pour le trajet. J'ai arrêté mon choix sur un livre déjà lu il y a longtemps, sans en avoir apprécié pleinement la poésie : "Contes de fées à l'usage des moyennes personnes" de Vian. Espérant me replonger dans la chaleur des Vian, je suis tombée sur un papier gribouillé de phrases pour ne pas pleurer, et laissé là pour une raison oubliée. Cette note m'a rappelé que Bianca m'avait dit : "Je ne suis pas transportée d'une passion inébranlable."

Je me souviens.

Aujourd'hui, à 13h30, j'ai arrêté de.




mercredi 11 janvier 2012

L'amour parfait

Je suis parfaitement incapable de vivre avec quelqu'un, sentimentalement je veux dire. La simple idée m'en fait frissonner d'angoisse : quoi, moi, l'ourse parfaite, le chat indépendant, la tigresse inapprochable, je m'adapterais à autrui ? Ja-mais.
Ces trois ans seule s'étirent ainsi dangereusement et en disent long sur le fait que je ne suis pas prête à lâcher du lest, à laisser ma liberté chérie entre les mains de quelqu'un d'autre.

Depuis plus de deux ans et demi, je vis seule et m'y suis habituée. Plus qu'habituée, j'y ai pris goût. Je mets la musique que je veux quand je veux, je prends ma douche quand je veux, et j'en passe. Faire la liste prendrait des heures. Plus que tous ces détails, j'ai fait des plans de vie seule, et je suis sûre de ne pas le supporter si vivre en couple signifiait renoncer à ou modifier mes projets. Mes capacités d'adaptation à autrui s'élèvent à environ zéro. La souplesse et les contorsions n'ont jamais été ma spécialité en EPS.

Mais... "y'a un blème". Quelque chose remue en moi à l'idée d'être en couple. Malgré mes velléités indépendantistes. Et ce quelque chose remue de plus en plus fort, il refuse de se taire, l'enflure. Alors que je connais la vérité sans fard : j'ai peur du couple. Sana a complètement raison de me comparer à Chandler. J'en suis à son stade d'angoisse à l'idée d'engagement. Engag... hein ? (Mais il souffre de sa peur)
Mais... je veux. Je veux vouloir. Je veux dépasser ma peur qui pense pour moi que "ce n'est pas le moment de chercher quelqu'un". Ce n'est jamais le moment, si j'écoute LaTrouille. LaTrouille dicte ses lois et a en sa faveur un certain nombre de jurisprudences. LaTrouille m'écrase.

Capricieuse, égoïste, colérique, égocentrique et dramatique, au final ce sont les talents que je déploie en couple. LaTrouille me demande donc également de préserver de moi les personnes intactes de ce monde.

LaTrouille dit n'importe quoi. Il faudrait simplement quelqu'un de très malin pour contourner LaTrouille et faire de moi une partenaire de vie. Ce quelqu'un devrait être intelligent et patient, apprécier mes coups de tête comme des coups de génie, et retourner mes coups de gueule en coups de coeur. Ce quelqu'un devrait accepter mon indépendance sans broncher et passer à ma terrible dépendance amoureuse sur commande. Ce quelqu'un n'aurait qu'à être très drôle pour désamorcer les bombes que je lance quand je pique mes crises de colère.
Rien d'exceptionnel...

LaTrouille dit n'importe quoi, mais je l'écoute quand-même. Elle a ses façons de s'imposer, en puisant loin dans les jurisprudences. Tout ce qu'elle me laisse, c'est l'espoir de rencontrer quelqu'un correspondant aux critères ci-dessus.
L'espoir fait vivre.




Incendies

J'aime les tragédies, plus que tout autre genre littéraire. Je ne les aime pas parce qu'elles finissent mal, mais par ce qu'elles nous disent de la famille. C'est le seul genre qui explore, creuse, fouille, et défonce les portes fermées des histoires familiales. Les origines, ça m'obsède.

A l'autre extrémité de l'arbre généalogique, il y a "LesEnfants". Dans Kaamelott, Guenièvre dit "LesEnfants" pour parler de l'obsession d'Arthur. Elle utilise cette expression à plusieurs reprises, à tel point que ça finit par ressembler à un concept. Ca me faisait bizarre d'entendre ces deux mots, ça me susurrait quelque chose à l'oreille.

Plus j'avance dans l'histoire familiale, plus "LesEnfants" se fait présent.

Il y a quelque chose comme deux mois, j'ai appris une histoire : pendant sa grossesse, ma mère est retournée en Normandie chez ses parents, car elle avait peur que mon père ne soit pas à la hauteur. C'est parce que j'ai eu son ancienne carte d'identité entre les mains que j'ai vu une adresse bizarre, où elle n'était pas censée avoir vécu, à un moment bizarre. J'ai dit "rue des petits lutins ? hin ?". Un silence m'a répondu. Mon père a fait son petit sourire typique des moments-où-on-l'a-vexé-sur-un-sujet-important-et-qu'il-a-finalement-eu-raison. C'est lui qui m'a répondu "Ta mère t'a jamais dit qu'elle était partie chez ses parents, elle avait peur que je sois pas à la hauteur..." Ma mère a marmonné des trucs incompréhensibles et gênés.
Pendant plusieurs semaines, j'ai pris cette histoire du côté "J'ai failli naître en Normandie". Maintenant, je la prends du côté "Mon père m'a voulue encore plus que je ne l'imaginais". Et je ne compte pas toutes les manières d'interpréter cette histoire que je ne peux pas comprendre.

Les enfants, en vrai, ce n'est pas juste un concept pour moi. Je ne crois pas qu'on en ait "par hasard", malgré tout ce que peuvent dire les parents du monde entier. Rien d'aussi important n'arrive "par hasard". La longue période où je clamais ne pas en vouloir correspond à une période où je refusais de comprendre mes parents, où j'avais l'impression de subir l'histoire familiale.
Puis plusieurs choses indépendantes, et pas du hasard, se sont mélangées dans ma tête. Je suis sortie avec quelqu'un qui m'a donné envie d'avoir des enfants, j'ai donné des cours particuliers à des tonnes d'élèves en adorant ça, et j'ai commencé à creuser pour trouver les racines. La vie au quotidien est une succession de mini-bordels, mais je crois profondément qu'on orchestre ce mini-bordel, en réalité. Et moi j'ai orchestré l'envie de sauver l'arbre généalogique.

A l'image d'Incendies, j'arrive après et pendant des temps troublés. Chacun de mes parents traîne une histoire lourde, cumulée avec l'histoire de leurs propres parents. Une histoire faite d'incompréhensions, d'aveuglements, de rancoeurs et de deuils inachevés. Des cercles de frustration et de haine alourdissent les beaux moments.
Mais ce serait oublier que les Incendies, ce sont aussi les passions brûlantes qui m'ont donné vie et m'ont façonnée. Avec le désir de mettre fin à ces cercles vicieux. Le roman familial doit être réécrit d'un nouveau point de vue, du mien. Moi je veux et je peux comprendre mon grand-père sans avoir envie de le tuer, moi je veux et je peux comprendre ma grand-mère sans la mettre sur un piédestal.

C'est radical, mais : je me contre-fiche que mes enfants naissent pendant la IIIe Guerre Mondiale ou bien sous la dictature de Joseph Mussolitler ou même en pleine crise climatique. Rien à foutre.
Ils seront là et ils naîtront dans une histoire familiale pacifiée. Libres, entièrement libres, malgré ce que disent les tragédiens, de peut-être mettre le feu à leur tour.




mardi 29 novembre 2011

Il y a longtemps que

J'ai une histoire à raconter.

C'était au début de l'hypokhâgne, à l'apogée de l'adolescence (parce que oui, l'adolescence est une ère). Une amie de classe, un jour, me raconta les ragots des camarades. C'était une des premières semaines de cours, et je n'étais encore jamais sortie avec une fille. Je venais d'apprendre, en revanche, qu'une des filles de la classe était lesbienne. Ah, oh, mais t'es sûre ? Ah oui si tu l'as vue en train de rouler une pelle à sa meuf en sortant de cours et lui mettre la main au cul, ah ben oui, oui, en effet.
J'appris comme ça que Bianca aimait les filles (ce qui lui vaudrait plus tard le surnom secret de "Bibi la lesbi").

Elsa, bien plus tard, un jour où nous parlions de Bianca (et alors que nous sortions ensemble), me demanda si je n'avais pas été attirée par elle en partie parce que je savais que c'était possible avec elle. Or, des lesbiennes, j'en avais connues avant Bianca et qui ne m'avaient jamais rien provoqué.
Non, la vérité est plus compliquée. Savoir qu'elle sortait avec une fille la mettait en effet dans une case à part dans ma tête, mais pas nécessairement la case "attirance". Ce fut son physique, ce qu'elle dégageait, qui la plaça dans la case "attirance".

Mais en hypokhâgne j'avais mes propres histoires, dont j'avais du mal à sortir, qui m'éloignaient d'elle (en plus du fait que la savoir en couple me la rendait inaccessible). Mon année à Fénelon confirma l'éloignement. Bianca appartenait au monde de Jaurès et, les malentendus aidant, je croyais qu'elle ne me supportait plus.
Quand je revins à Jaurès et que je la retrouvai en cours, l'idée de sortir avec elle refit son petit chemin, très très doucement. C'était agréable d'être à ses côtés, et j'aimais la place de confidente. Mais à devenir davantage son amie, et donc à entendre ses histoires de couple, je réalisais à quel point elle était réellement inaccessible.

Au milieu de l'année scolaire, en plein déclin de l'adolescence, il y eut.

A partir de là, ce n'est pas inaccessible mais Intouchable qu'elle devint. Et pourtant, après deux ans de psy (c'est peu, j'en conviens, je me trompe donc peut-être), il me semble que c'est précisément ça qui me la rendit désirable. C'est horrible à dire, et j'aimerais trouver d'autres interprétations.
Toujours est-il que je voulais être avec l'Intouchable, et que cela dura plusieurs mois pendant lesquels la décence (et les conseils de mes amies) me fit me taire jusqu'aux vacances d'été. Je crus que l'éloignement des vacances me ferait tout oublier, mais évidemment ce ne fut pas le cas : la rentrée universitaire, assister aux mêmes cours, se voir souvent en dehors des cours, tout cela contribua au retour de flammes. La méga-trouille incluse.

Pourtant, dans un MacDo, je finis par.
L'histoire dura un an et demi.

La suite, après une rupture brouillon et violente, est une succession de périodes d'entente amicale, de silence réciproque, et de froid glacial. Aujourd'hui, l'ère glaciaire atteint son paroxysme. Il ne tient qu'à moi de bousculer cette situation, non en cherchant la réconciliation, mais l'indifférence. Je n'aurai surmonté cette rupture que le jour où je serai parvenue à me détacher réellement d'elle, et de l'idée d'elle surtout.
Je ne connais pas le chemin, qui est différent après chaque relation. Après Philippe et Sikou, j'ai su trouver une porte de sortie. Je sais qu'il faut la trouver à nouveau, mais le temps commence à presser, ce qui n'aide pas la sérénité.

La méga-trouille est toujours là, de toute façon, et elle n'est pas prête de dégager : et si je n'étais pas capable de faire mieux qu'avec Bianca ? Et si je recommençais mes crises de rage et mes accès de colère ? A quoi bon faire fuire quelqu'un d'autre pour les mêmes raisons ?
J'ai la chance d'être indulgente envers moi-même, mais justement parce que j'ai la malchance d'être parfaitement lucide sur mes défauts.
Je suis colérique, ergo non-coupLable. Non coupable non plus d'être ce que je suis.

Il y a longtemps que je suis ainsi. Un moment, j'ai cru devenir moins violente, mais la rupture avec Bianca m'a prouvé que non. J'ai acté l'impossibilité de cette relation il y a longtemps, mais rien n'y fait : il ne s'est pas passé un jour depuis mars 2009 sans que.

Il y a longtemps que, jamais je ne.




jeudi 20 octobre 2011

There's no place like Home / Home is where it hurts

Je suis devenue reine en mon royaume, avec toutes les conséquences que cela implique. J'ai passé plusieurs articles à expliquer comment je me sentais maîtresse de mes décisions, et plus encore comment cela-même rendait chaque décision la plus parfaite possible pour moi. Globalement, je crois que l'immense bordel des, disons, douze derniers mois a trouvé une fin, une vraie. Le vrai signe à mes yeux en est que j'ai arrêté d'envisager mille métiers aux antipodes les uns des autres. J'ai posé mes valises sur un projet, le seul qui me permettra de réaliser ce qui est vissé à mon coeur encore plus fort que la vie : vivre aux Etats-Unis. Peu importent les détours et les longueurs, car j'ai de la patience. Mais cet éclaircissement autour de moi n'est pas allé sans inconvénients. Certes, je sais à présent où je mets les pieds après des mois à ne même pas avoir eu envie de mettre un pied devant l'autre. Le problème, à présent, s'est transformé : j'ai progressivement reconnecté avec le fond du fond des douleurs.

C'est le retour à la maison - dans toute son ambivalence.

J'ai passé les vacances avec mes parents, ô salut. Cela m'a permis une forme d'insouciance qui continue jusqu'à aujourd'hui, sous la forme du soutien moral sans failles de mes parents. D'un autre côté, ça m'a rappelé pourquoi j'avais décidé d'habiter seule. J'ai aussi retrouvé, même si seulement dans ma tête pour certaines, toute une partie des personnes qui m'ont faite telle que je suis aujourd'hui (qu'elles le sachent ou non d'ailleurs). Moi qui ai tendance à brûler les ponts derrière moi, j'ai au contraire fait le chemin à l'envers... pour le meilleur et pour le pire. L'important était de savoir que je suis une. Mais les douleurs en ont profité pour se redévoiler, après le bordel qui les avait masquées. Elles m'ont fait, et me font encore, pousser des cris muets, à m'en percer les tympans si j'ouvrais la bouche.
Bam pif pouf, le boomerang du passage à l'âge adulte que j'avais envoyé bouler m'est revenu en pleine figure avec l'entrée dans la vie active et la machine à mouliner qu'est "le monde du travail".
Bang bang, j'ai compté que la même personne était quasiment au centre de mes pensées et de mes sentiments depuis quatre ans et demi. My baby shot me down.
Si je n'étais pas devenue reine en mon royaume, je n'aurais peut-être pas été consciente que ces douleurs étaient là et qu'elles étaient miennes. "Miennes", le mot terrible, le mot magique [l'un parce que l'autre]. Evidemment, je ne regrette rien.

Home, c'est ce lieu au fond de moi qui résiste à tous les tremblements et assauts extérieurs. Home, c'est en ce lieu que vivent déjà les douleurs - bien à l'intérieur.


PS : les deux excellentes chansons à l'origine de ce post : Day into night (Katalyst) et Home is where it hurts (Camille)