Kalleidoscope




dimanche 5 mars 2017

Du bout des doigts

De moi à moi, il n'y a qu'un doigt, qui me sert à toucher le reflet du miroir. Je longe les traits de ce reflet, la jeune fille répond à la jeune femme. Dix ans au bout des doigts. Dix ans pour refaire le chemin à l'envers, me prendre la main, et dire "Viens, c'est l'heure". Sur le bout des doigts mais sur le bout de la langue, des dates, des noms et des évènements qui semblent refuser de faire le chemin de ma mémoire à ma main. La jeune fille et la jeune femme savent que la clé se trouve au bout du doigt.







mardi 14 février 2017

La belle personne

On passe souvent sa vie à chercher quelque chose, en tout cas j’ai cru le remarquer chez les personnes que j’aime, et à qui je fais attention. Cela peut être un travail, une personne, un sentiment, un endroit. J’ai parfois l’impression que cette recherche rend certaines personnes malheureuses, parfois c’est cette quête qui tient debout. Parfois on ne cherche rien d’autre qu’à rester en vie. De mon côté, j’ai cherché avec obsession de compter suffisamment pour quelqu’un que cela me donnerait l’impression de compter dans l’absolu. C’est vrai, c’est une recherche autocentrée. C’est ce qui me donne envie de vivre et de me réveiller le matin. Je pensais, j’ai longtemps cru que je pourrais trouver cela chez une femme. J’ai pris conscience, j’ai formulé seulement il y a quelques minutes, en me brossant les dents. La triste banalité de certains moments est affligeante. En me brossant les dents, j’ai réalisé que ce que je cherchais chez une femme, je l’ai trouvé chez Sebastian. Ce que je croyais réservée aux relations entre femmes, de façon naïve sûrement, ce que je pensais féminin, je l’ai trouvé chez un « il » : être traitée d’égale à égale, être prise comme je suis sans chercher une femme idéale que je trouvais trop lourde à porter. Mes qualités et mes défauts réels, dans ma pleine humanité, et non parce que j’étais une femme. Parce que je suis moi. La belle personne, bien sûr c’est lui.




lundi 13 février 2017

A présent

Il y a environ dix ans, les équilibres étaient précaires. Toutes les gouttes auraient pu faire déborder le vase, et toutes les gouttes ont fait déborder le vase. Tout était à fleur de peau. Les années qui ont suivi ont consisté à reconstituer les trous dans la peau que je m’étais faits, ou que d’autres m’avaient faits. Je me souviens des heures à pleurer et à sentir le sol se dérober sous mes pas quand il me faisait comprendre que nous ne pouvions plus être ensemble, mais qu’il fallait que nous soyons ensemble pour qu’il puisse me le faire comprendre. Les contradictions à n’en plus pouvoir me déchiraient. J’ai passé tellement de temps à faire émerger quelqu’un de bien de toutes ces chutes. Il y a environ dix ans, j’ai fait la plus grande chute, je suis retombée souvent après, j’ai parfois cru que les trous dans la peau étaient définitifs. Ils le sont peut-être un peu quelque part, cachés sous la peau qui a repoussé. Ce temps me paraît à la fois loin et si proche, juste là sous la peau. Je sais que c’est les deux à la fois. Ce sont ces chutes qui m’ont modelée. La personne qui m’aime à présent aime tous ces trous dans la peau, à travers la peau qui a repoussé. Je suis une.




dimanche 29 novembre 2015

Retour vers le futur

Depuis le 11 septembre 2001, je savais comme tout le monde que des attentats finiraient, d'une manière ou d'une autre, par tuer des personnes en France. Mais comme tout le monde, je ne savais pas quand. La menace restait abstraite, dans un coin de la tête. Un peu comme ces maladies mortelles qui ne peuvent toucher que "les autres", ceux qui sont loin, ceux qui ne sont pas nous, ceux qu'on n'aime pas.

Et puis un jour, l'abstraction apparaît pour ce qu'elle est : bullshit. La chose la plus tangible, la plus réelle, devient la peur, parce que la prise de conscience tombe sur la tête, et c'est comme si un flux glacial s'était répandu sur moi de la tête au pied.

Un ami est mort du cancer, putain de bordel, c'est tellement pas possible de prononcer ces mots à même pas 30 ans. J'ai coché tous les "Et si" que l'on peut se dire dans de tels moments, en secouant la tête d'impuissance pour essayer de les effacer. Puis l'abstraction qui planait depuis le 11 septembre 2001 s'est soudain concrétisée dans la foulée. Vu les endroits touchés par les attentats, c'est toutes les personnes que j'aime, quasiment sans exception, qui auraient pu se trouver au mauvais endroit au mauvais moment. Sans chercher très loin, juste au second degré de relation, je ne compte pas le nombre de personnes dont on m'a dit qu'elles étaient, ce soir-là, au mauvais endroit au mauvais moment. J'ai (eu) une peur globale. Elle ne visait pas un groupe de personnes en particulier, ou un ami, ou une cousine, elle visait l'ensemble de mon répertoire mental de connaissances, passées et présentes.

Et ça provoque un bordel dans la frise chrono-logique de ma vie. J'ai expérimenté le traditionnel éloignement des amies, même de celles les plus proches, accompagné de sa traditionnelle amertume, et me suis fait violence pour n'y voir qu'un effet sordide, mais sommes toutes attendu, du temps qui passe. Mais en une semaine, j'ai renoué avec 3 de ces amies si proches et si loin, et c'est comme si le choc de cette peur avait cassé la chronologie, comme si le temps lui-même en avait perdu son sens.
Oui, j'ai pensé à vous dans ma peur, si proches et si loin. Oui, tout a changé durablement, et je n'ai même pas peur de l'affirmer. Tout a changé, tout. Moi, tellement accrochée d'ordinaire à mes rancunes, vivant à travers mes rancœurs et mes non-dits, d'un coup tout a fait "pschhht".

Comme le dit cette image qui a circulé dans les heures suivant les attentats, il va falloir beaucoup, beaucoup, beaucoup d'amour. Je crois que le fait d'avoir renoué est notre petite contribution à cette vaste entreprise.




mardi 6 octobre 2015

I'm still here

J'ai souvent entendu dire que la vie est un long chemin, qu'il ne faut jamais dire jamais, ou encore qu'on ne sait pas de quoi sera fait le lendemain. L'expérimenter est un délice unique.

Je suis encore là. Après des tours et des détours, après des lacets interminables et des virages en série, je suis encore là, quand certains pensaient que j'étais sortie de piste. Pourquoi, après tout ce temps, c'est encore un sentiment de revanche qui prédomine, je ne saurais l'expliquer. Un amour propre très développé, peut-être ? (On ne va pas se mentir : oui)
Je suis encore là.

Depuis que je suis enfant, je me suis toujours représentée comme la meilleure dans ce que j'entreprenais, puis j'ai compris avec le théâtre qu'il me fallait surtout être la meilleure version de moi-même. J'aime encore être la meilleure à ce que je fais, c'est mon naturel qui reviendra au galop invariablement, mais un naturel pas tout à fait identique à celui de mes 10 ans. Un déplacement, un glissement a eu lieu : avoir échoué est une donnée que j'ai intégrée, et qui m'a transformée définitivement.
Je n'avais jamais eu peur de l'échec, concept que j'ignorais totalement jusqu'au jour où je l'ai éprouvé dans ma chair. J'en suis restée tétanisée longtemps, sous le choc et ne donnant aucun sens à cette expérience. Par incapacité et par honte.

Mais le temps, chers amis, le temps. C'est le meilleur allié pour donner du sens aux expériences. Comment aurais-je pu prévoir que ces échecs me conduiraient à ma place actuelle ? Comment aurais-je pu prévoir que ces échecs me conduiraient quelque part, tout simplement ? La rétrospection, c'est la vie.

Je ne sais pas ce qu'en diraient les profs du master que je suis cette année, sûrement que les sens donnés a posteriori relèvent d'une construction réalisée avec un biais "présentocentré", ou peut-être plutôt qu'une épistémologie de la rétrospection permet l'émancipation du sujet vis-à-vis de son histoire. Allez savoir. Ma monitrice d'auto école, elle, dirait très certainement qu'on ne regarde dans le rétro que pour s'assurer que l'on peut continuer sans danger.

Quelque part, un peu à la façon de Monica qui réalise les meilleurs mauvais massages, j'ai réussi mes échecs.
La preuve, je suis encore là.




mardi 1 octobre 2013

L'Appel du 8-Juin

Elle n'était contre personne, contre aucun ennemi, mais j'ai tout de même gagné une guerre. Je suis récemment rentrée victorieuse de la dernière bataille, la seule dont on peut dire, peut-être, que je l'ai menée contre un ennemi : le temps. En réalité, pour être honnête, je n'étais pas seule, car nous étions trois à gagner cette guerre ; trois à sortir, si ce n'est neufs, du moins renouvelés de cette histoire.

Pour la première fois, je crois, je n'ai pas envie de répéter que "ma vie a changé" (quelle vie ne change pas d'une année à l'autre, d'une semaine à l'autre, d'une heure à l'autre), mais plutôt que "je suis changée". Mon corps, mon coeur, ma tête, passés par les batailles de la grossesse et de l'accouchement : 9 mois à voir disparaître tout ce que je croyais de moi-même, presque en spectatrice émerveillée de ce phénomène.

Etre enceinte ne m'a jamais attirée. Voir des femmes enceintes me laissait soit indifférente, soit en état de gêne face à l'étalage d'un corps si étrange et monstrueux. De manière générale, tout ce qui est relié de près ou de loin à la grossesse, l'enfantement, les bébés, les gouzi-gouzous, me rebutait au point de toujours contourner le rayon bébés des supermarchés. Peur, souvenir de l'obsession de ma mère, gêne ou dégoût, je ne sais pas. Tant que ça ne parlait pas, ça ne m'intéressait pas et je ne savais pas y faire.

Je ne sais pas forcément mieux aujourd'hui, mais je me suis réconciliée avec les bébés et les femmes enceintes.

Plus que ça, sans aller jusqu'à dire que j'ai adoré les aigreurs d'estomac et le fait de devenir un corps public, c'était bien. J'ai aimé les coups dans le ventre, j'ai aimé la promesse que mon corps contenait, j'ai aimé l'évolution semaine après semaine, et le petit nez retroussé qui apparaissait aux échographies. Ce moment suspendu dans le temps qui n'appartenait qu'à Sebastian et moi.
L'accouchement fut le climax de ces neuf mois. 19 heures intenses, épuisantes et au final le premier cri (le premier d'une très longue liste, hum). "Le premier cri". La magie de ce moment m'a été révélée d'une façon si forte que j'ai découvert la proximité entre le bonheur et la violence. C'est ce cocktail de sensations et sentiments qui m'a permis ce moment de grâce. Le premier cri pour elle, une nouvelle naissance pour moi.

Je me suis réconciliée avec la beauté des premiers moments de la vie, la nouveauté chaque jour, les capacités d'apprentissage et d'émerveillement qui manquent si souvent aux adultes, et même l'animalité de cette petite chose qui ne comprend le monde qu'en terme de sensations. C'est même cette animalité qui me ravit, cet être qui ne communique que par le corps et ne ment pas, car le corps ne ment pas. La vérité brute qui se dégage de chacune de ses réactions est une invitation à continuer, est une manière d'appeler à la vérité de mon propre corps, celle enfouie depuis mon premier cri à moi.

Parce que dans le fond du fond du fond, ce que je retiens de la grossesse et l'accouchement, c'est l'appel à mon état préhistorique, prélangagier et bestial. The call of the wild, voilà ce qu'est une naissance : le retour aux fondamentaux et à l'essentiel.




lundi 30 septembre 2013

Ghostbuster

Une pizzeria désertée dans un quartier mort près d'un cimetière un dimanche soir, le cadre idéal pour réveiller les morts. Quelqu'un de profil, penché sur son téléphone, concentré ; j'ai attendu mes pizzas en l'observant comme une bête curieuse, tant son regard me rappelait le sérieux souvent vu dans le regard de cet Autre, disparu de mes jours il y a déjà fort longtemps. Suffisamment longtemps pour que je repense à nos blagues, notre complicité avec un pincement au coeur ; pas suffisamment longtemps pour qu'il ou elle ait complètement disparu de mon horizon.

Au commencement était le malentendu au fondement de cette mort prématurée : croire qu'un loup solitaire comme moi peut s'accommoder de la meute. C'est bien entendu faux, comme je le disais récemment à Laura : "moi, les groupes d'amis, c'est fini". J'ai eu ma dose de téléphones arabes, de malentendus, de couvertures, de secrets, de calculs et de manipulation. Je veux désormais que mes amis ne soient QUE mes amis, même si je m'accommode sans difficulté de leurs propres fréquentations. Je veux que tout soit simple et franc, honnête et direct. Je n'ai que faire des gens satellites qui parasitent l'essentiel.

Mais surtout, je veux que les morts, lorsqu'ils sont morts, soient isolés. Morts.

Parce que ce n'est jamais le cas : un rappel existe toujours, bien malgré moi. Je n'ai aucune difficulté à arrêter de fréquenter les personnes qui m'apportent plus de peines que de joies, et pourtant il m'est toujours difficile de les oublier totalement. La faute à quoi la faute à qui. La faute à ces groupes dans lesquels notre amitié s'est construite... et sans lesquels elle n'aurait pas existé, je le sais. Mais j'ai éclaté ces groupes pour n'en garder que l'essentiel.
Je me suis lancée dans une entreprise qui vise à remettre chacun à sa place. Les vivants auprès de moi, les morts, hors de mon champ de vision. Retour à l'essentiel, je chasse les morts qui ont eu leur chance et ont préféré les satellites. A eux le cimetière.

La place des morts, ça concerne ceux et celles qui croiront se reconnaître dans les premières lignes de cet article. A vous : ouste !




mardi 5 février 2013

L'Annonce faite à Marine

Ma mère a insisté : "Allez, dis ce que tu voulais... !". Je crois que je connaissais la réponse depuis longtemps, en fait. Il a pris son petit air que je reconnaîtrais entre des millions, celui de quand-il-ose-pas-trop-dire-ce-qu'il-veut-de-peur-de-s'imposer, mais a fini par émettre ces mots hésitants : "Bah... une fille...". Je connaissais sa réponse. Le temps de sourire et je l'ai rendu heureux. Ses yeux ont rougi.
Ma mère n'en pensait pas moins. Mais elle avait déjà usé ce que ses yeux étaient capables de rougeur le jour où je lui ai demandé ce qu'elle faisait le 10 juin, "mais non pas pour le mariage, pour L'AUTRE truc", et qu'elle s'était mise à chantonner du Renaud, alors que mon père s'obstinait à ne pas comprendre, à répéter "bah je prépare le lendemain qui est mon anniversaire".

J'ai gardé le test. Il est dans la salle de bains, enfoui sous des vêtements propres ou sales, sûrement. Peu importe, je sais qu'il est là, le résultat inaltéré malgré les mois passants. Le résultat en question ne m'a pas surprise, ne nous a pas surpris. Dans notre langage commun, ce n'était qu'un élément de plus. J'ai souri en moi-même, gardé précieusement l'information jusqu'à son appel du midi. Lorsqu'il est rentré le soir du travail, il portait le même sourire béat qu'il avait probablement affiché tout l'après-midi. C'était le non-événement le plus courant, le plus banal sur terre ; et pourtant, pour lui comme pour moi, c'était le sceau de notre pacte ; celui qui nous a fait échanger nos corps et devenir chacun maître de l'autre.
L'un l'autre, nous nous sommes donc couronnés, roi reine dieu déesse. Sur notre terre sacrée, le divin enfant va paraître, l'enfant-reine que je n'attendais pas... et ne souhaitais même pas il y a deux ans et toutes les années auparavant.

Rien ne m'empêchera d'utiliser les grands mots, tout simplement parce que les sentiments sont à leur hauteur.
Il y a deux ans, je clamais "rien dans mon ventre", jusqu'au jour où une empathie destructrice me vida de mon ventre. Le pacte originel fut donc d'abord entre moi et moi-même : ne jamais me vider de mon ventre à mon tour, s'il venait à se remplir. Mais rien n'arrivait. J'étais seule, désespérément seule. Je pensais vivre seule, tant j'avais fini par m'accommoder de cette situation d'où aucune de mes tentatives obstinées ne parvenait à me sortir.
Et puis vint la luz de mi vida, un Argentin planqué derrière ma pompe à bières qui invita la barmaid délaissée à danser avec lui. De cet instant, je n'ai plus été ni seule ni délaissée, ce dont les coups fréquents dans mon ventre sont un rappel permanent.

Cassiopée n'est plus un mythe et ne se trouve plus à des années-lumière non plus.




mardi 11 décembre 2012

This Island II

This Island, c'est un lieu de mémoire où l'on peut revenir apaisée après s'être sauvé la vie et les meubles. C'est toujours important de savoir revenir sur les lieux de mémoire pour en accepter l'héritage.
This Island II, c'est l'histoire du retour sur les lieux de l'incendie, et de ce que je construis depuis sur les ruines du drame.

J'ai écouté cette chanson en boucle, m'en faisant péter les tympans, hurlant intérieurement chaque mot. Quand je l'écoute à présent, ce sont ces souvenirs qui me pètent le cerveau. Je suis pleine de tout ce qui a changé depuis, et m'en sature le cerveau. A chaque note, à chaque pas en rythme, correspond un changement dans ma vie.

Le calme n'existe pas, même si j'ai longtemps couru après. Maintenant, je crois que le calme, c'est la mort. Sur cette nouvelle île, rien n'est plus calme que sur l'ancienne, mais j'ai choisi chaque grain de sable et sa folie. C'est toujours le bordel en apparence, mais je sais au fond de moi que je pose les yeux sur un nouveau paysage et de nouveaux habitants.

Au creux de moi, une nouvelle île.




jeudi 13 septembre 2012

L'amour parfait II

"L'espoir fait vivre", ai-je écrit quelques articles plus tôt. C'est merveilleux comme les retournements de situation existent quand on les cherche. Chaque heure de chaque jour depuis deux mois me confirme ce que je savais du creux de mes tripes depuis toujours, quoique, par manque de désir, par paresse ou par lâcheté — donnez-lui le nom que vous voudrez — je refusais de le croire et, donc, de le faire advenir ; que je vivrais un jour une belle histoire qui me rend heureuse.

Sebastian apprécie mes coups de tête comme des coups de génie, accepte à la fois mon indépendance et ma recherche d'affection, et me fait rire à peu près sur commande. Bien sûr, ce n'était pas ces critères les plus importants, ceux-là n'étaient qu'une question d'ego et d'amour-propre.
J'ai surtout rencontré quelqu'un qui était prêt à recevoir ce que j'avais à donner, loin des sans-rancune, des sans-logique, ou encore des sans-nouvelles. J'ai rencontré la seule personne qui n'a pas peur de moi. J'ai rencontré quelqu'un qui avait lui aussi une immensité à donner.

Cette histoire n'est pas juste belle, du fond des tripes je la trouve miraculeuse au point qu'elle nourrit la mystique qui sommeille en moi. Comment appeler la coïncidence qui met sur ma route quelqu'un dont la voisine est une de mes anciennes élèves, qui a fréquenté les rayons de la médiathèque où travaillait mon père et qui discutait même avec lui, qui, la veille de notre rencontre, se trouvait au concert où je me trouvais, et enfin qui, le jour de notre rencontre, a fait le déplacement jusqu'à Belleville, pour un autre concert, un soir où j'étais de service ?
J'appelle cela un miracle.
J'appelle cela l'instant T où les deux bonnes personnes se rencontrent au bon moment.
J'appelle cela... peut-être tout simplement la vie, si la vie peut ressembler à un film.

Sebastian et moi avons créé une entité nouvelle, un corps à deux têtes, une bête à deux dos, un monstre étrange dont la silhouette forme le mot "Nous". Et "Nous" savons que "Nous" vivons et vivrons ensemble l'amour parfait, celui dont il dit que nous y avons droit.
Ai-je "le droit" d'entrer dans une communion si parfaite avec mon amoureux que je n'ai même plus rien à dire ? qu'il traduit mes silences, mes rêves et mes regards ? Comme il le dit, nous n'avons commis aucun crime, nous sommes des bonnes personnes, et nous avons droit au bonheur. Mon amoureux m'a convaincue que l'amour parfait existe.

Et Sebastian a toujours raison. Sebastian est mon amour parfait.